depuis 2013, quatre pièces ont travaillé la question du paysage, via des installations, des pièces sonores, l’écriture poétique (par exemple,un certain nombre des poèmes constituant le projet glossolalie et le livre « erre, cosmographies » sont directement liés aux lieux de leur écriture).
la question est de mesurer ce que l’écriture peut en présence du paysage, de quelle manière elle peut s’y superposer en temps réel ou non, d’une manière ou d’une autre, sans oblitérer, cacher, mais à chaque fois en en révélant des dimensions invisibles (langues, chimie, récits oubliés, etc.)
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« la terre parle«
en 2025 et en 2026, résidence au château d’Espeyran, domaine des Archives de France, à Saint-Gilles, dans le Gard
début avril 2025, plantation d’une ligne de 30 plants de vigne, muscat blanc et muscat noir type Garanth, résistants.

« la terre parle« , 2025, château d’Espeyran, 30 plants de vigne sur 30 mètres, en lisière du dôme. étape 1, plantation

mai 2025

août 2025
Les ceps de vigne sont alignés sur 30 mètres, en lisière du dôme protégeant les archives, comme s’en nourrissant aussi
le projet « la terre parle » s’appuie sur une intuition : si le sol garde trace des occupations humaines, je fais l’hypothèse qu’il garde aussi trace des langues parlées par les humain·e·s : quelque chose du son des langues a été imprimé dans le sol, y gravant d’invisibles sillons.
les ceps de vigne vont révéler la mémoire des langues qui ont été parlées dans ce lieu. en grandissant, en s’accrochant aux fils de tension et avec mon aide, la vigne va faire surgir lentement ce qui, capté par les racines, vient des profondeurs : les sarments prennent peu à peu la forme de lettres qui rendront visibles des morceaux de récits. des fragments de langues paraîtront ainsi à la lumière, bribes poétiques en échos à ce qui a été dit ici, il y a longtemps, par des humain·es disparu·es :
… 𐌔𐌀𐌖𐌉𐌆 𐌉𐌄𐌕 𐌀𐌈𐌀𐌍𐌄𐌌 𐌂𐌅𐌄𐌓𐌕𐌔 … terram sol facit are… mare cedendo loco… quam maxime celatim… νεωλκοί καί μετάβολοι ἐν ἰχτύσιν… γαίᾱ στεναχίζει, ἀνάγει εἰς φῶς… aremorici marcas… arinca berula… coelia… acatus interambes… pièi aqui pertout i’a un brave tèms lis aigo… n’i’avié de bello… pièi en boulegadisso d’aise… acò fa pas forço de camin… li roco esbarboulado vengudo d’un païs… tant liuen à l’uba… di cimo blanco… vengudo en coudelet… en gravo e en graviho… en pesant e blound caiau…
ces fragments de poèmes que j’ai écrits en étrusque, latin, grec ancien, gaulois, provençal + deux signes d’ibère se formeront de saison en saison au fur et à mesure, en commençant par la langue la plus récemment parlée, le provençal, la première à remonter des strates du sol
en utilisant donc les gestes du vigneron, ici pour un autre type de fructification. évidemment, la pousse, les feuilles, la recherche de lumière et d’espace va en transformer la lisibilité
à l’été 2025, la vigne engrange de l’énergie mais ne croît plus. chaque cep est pris en photo, et le tracé des sarments principaux est relevé. c’est seulement alors qu’ils apparaissent comme des signes, ou des possibilités de signes. tracer fait surgir le signe par surprise
il semble que la vigne ait commencé à écrire d’elle-même, loin (?) des langues humaines
des journées d’observation en présence des ceps, à les sentir croître et s’enraciner, est né « une vigne » , texte d’interprétation de ces signes, qui interroge la place de l’observé et de l’observateur, et où quelque chose d’une langue de la vigne commence à apparaître
production de trois éditions limitées en 2025, et d’un recueil de poèmes :
le livre des manques, recueil en ibère, étrusque, latin, gaulois, grec, occitan provençal
in-quarto 5,25×7,25 cm, 24 pages, impression numérique sur papier neutre ivoire, auto-édition, 2025
production : Château d’Espeyran
c’est une vigne (2025), 4 feuillets, 30×39 cm, impression numérique encre sépia sur papier neutre ivoire,
7 exemplaires + 3 ea
production : Château d’Espeyran
motifs (2025), 22 feuillets, 30×39 cm, impression numérique encre sépia sur papier neutre ivoire,
7 exemplaires + 3 ea
production : Château d’Espeyran
figures (2025), 46 feuillets, 30×39 cm, impression numérique encre sépia sur papier neutre ivoire,
7 exemplaires + 3 ea
production : Château d’Espeyran
+
écriture d’une vigne, récit d’interprétation dialogique, 2026
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en 2017, au sein du collectif GeoPoetik Société, un GPS augmenté pour la manifestation paysagère pérenne « Le Partage des eaux ». cette œuvre dématérialisée est disponible via une app. téléchargeable sur smartphone ou ipad. les monts d’Ardèche, une production du Parc régional des monts d’Ardèche. Curator, David Moinard
lien : https://www.lepartagedeseaux.fr/le-parcours-artistique/le-gps-artistique/
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en 2014, « sur la piste« , pour la manifestation paysagère et urbaine temporaire » Genève, ville et champs », Ville de Genève et communes alentour. « sur la piste » a été installé sur la commune du Petit-Lancy, est resté en place trois mois, le dispositif a été utilisé et s’est patiné tout au long de l’été

Sur la piste, installation paysagère, Petit-Lancy, Genève, 2014.
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en 2012, avec le duo de musiciens électroacoustique Kristoff k. Roll
« toutes ces lignes », ensemble de poèmes pour la pièce sonore embarquée homonyme, écoutable sur smartphone sur la ligne SNCF Besançon (Jura) / La-Chaux-de-Fond (Suisse)