? the first human language ?

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(images © Matthieu Barani)

 

 

une langue des premiers humains
a language of the first humans
par
frédéric dumond*
premiers relevés des signes d’une langue plurimillénaire
sur un bâton récolté
dans une tourbière
en vallée de joux
the first tracings of an ancient language
from the engravings on a
stick found in a peatland
vallée de joux

une description
a description
d’après un bâton gravé
based on an engraved stick
Fondation Jan Michalski — en Bois Désert — Montricher

au lieu-dit la Sagne du Séchey, sur la commune de Le Lieu, en bordure du lac de Joux (Suisse), en juin 2018, a été découvert un bâton gravé, affleurant la surface de la tourbière

in a place known as « la Sagne du Séchey », in the municipality of «Le Lieu» (on the edges of the Lake of «Joux», in Switzerland), an engraved stick was discovered in June 2018, at the surface of a peatland
les tourbières sont des lieux très singuliers, dépôts de végétaux qui ne se décomposent pas (la teneur en oxygène de l’eau étant si faible qu’elle ne permet pas le processus de décomposition), d’où le parfait état de conservation du vestige découvert. notons que les couches les plus anciennes de cette tourbière pourraient remonter à plus de 10 000 ans avant 0

les tourbières étaient dans les temps anciens des lieux sacrés, ce qui pourrait bien expliquer la présence de ce bâton gravé. nous y reviendrons

peatlands are very unique sites where vegetation accumulates without decaying (the oxygen level in the water being so poor that the process of decomposition cannot occur), thus the stick’s perfect state of conservation. the deepest layer of this peatland could date back to more than 10,000 bce

in ancient times, peatlands were sacred sites, which could explain the presence of the engraved stick that was found. we’ll return to this matter

l’observation attentive de l’aubier a permis de déterminer l’origine humaine des lignes qui y sont marquées. nous pouvons donc les décrire comme des signes, malgré leur apparente ressemblance avec les traces des insectes xylophages qu’on a tant l’habitude de voir
plusieurs indices nous ont permis d’aboutir à cette conclusion :
— le bâton n’est gravé que sur une seule face, ce qui est totalement inhabituel en cas d’attaque par des xylophages
— les lignes marquent des solutions de continuité au sein d’un même motif, et chacun est clairement séparé des autres, ce qui n’arrive jamais en cas d’action de xylophages
— un même tracé peut présenter divers types de gravures (large, étroit, profond, en haut-relief…
— certains motifs isolés se retrouvent, transformés, au sein d’entrelacs plus complexes
a careful observation of the sapwood leads us to determine that the marks are engravings (and therefore signs), in spite their resemblance to the trace of xylophagous insects
several clues allow us to come to this conclusion :
— the marks only cover one side of the stick, which is unusual for a xylophagous sapwood attack — the lines form continuous patterns, yet each pattern is clearly separate from the others, which is unusual in terms of xylophagous insect activity
— one mark can show different kinds of engraving (large, narrow, deep, high relief…)
— some separate patterns are transformed in their shape when they appear within complex interlacings

de ce faisceau d’indices, nous concluons qu’il s’agit bien de signes gravés de main humaine (peut-être issus d’une observation patiente des xylophages, ce qui expliquerait leur ressemblance avec les traces laissées par ces insectes). l’importance de cette découverte est considérable, cela ferait remonter à 10 000 ans avant 0 la toute première écriture, dont nous allons nous attacher à décrire quelques éléments

this body of evidences leads us to the conclusion that these marks are man-made (perhaps an imitation of the xylophagous insects, which could explain their resemblance with the tracks of these creatures). this discovery is of considerable importance, as it would date the first trace of human writing to 10,000 bce. we now endeavour to describe some elements of this writing
parmi les 35 différents signes (comme notre relevé le montre), on peut remarquer des typologies de notations, plus ou moins complexes, certaines faites de deux traits, peut-être d’un seul, d’autres présentant un entrelacs complexe de lignes. certaines lignes sont gravées finement, d’autres de manière plus large, d’autres encore ont à peine creusé l’aubier
cela indique-t-il des sonorités différentes, plusieurs régimes de signes ? une prononciation, l’importance symbolique de certains signes par rapport à d’autres ? est-ce une notation qui différencie certaines parties chantées, d’autres parlées ou murmurées ? ou bien la technique même de la gravure, et de cette manière si linéaire, indiquerait que c’est une écriture « lisible » au doigt, peut-être destinée à être lue dans l’ombre ou la nuit, lors de rituels précis ?

amongst the 35 different engravings (as our drawings show), we can see different types of signs, some composed of one or two lines, others drawn in a complex interlacing. some lines are more deeply engraved than others, some are thin, others larger.
is it suggestive of the notation’s sound volume, where for instance the varying depth of the engravings indicates different types of pronunciation ? or of the symbolic importance of some signs versus others ? is it a way to indicate that some parts are sung, others spoken or whispered ? or, is it that the very technique of engraving depicts a writing « readable » with the fingers (which we tested successfully), perhaps as a text dedicated to nighttime rituals ?
ces différents régimes de signes semblent correspondre à des types différents de notation : certains semblent de nature idéogrammatique, présentent des silhouettes animales ou humaines en mouvement. nous pouvons les retrouver dans certains entrelacs, où ils sont transformés par leur liaison graphique avec d’autres signes
les entrelacs, quant à eux, pourraient être soit un mode d’expressions d’idées/de concepts plus complexes, d’actions, d’une succession d’actions, soit même des phrases à part entière
peut-être chaque signe — y compris ceux qui nous semblent les plus simples — est-il une phrase, et nous serions ainsi en présence d’un texte à part entière. cela fera l’objet d’une étude ultérieure

this corpus of signs could be classified according to the different types of notations it contains : some appear to be ideogram-like, others (those interlacings described above) could be entire sentences where the « ideograms » are transformed by their graphic association with others
or, interlacings could be complex ideas, successive actions expressed by their association with other signs
if each sign, even the simplest one, is a sentence in and of itself, such that the stick could contain an entire text. this will be a subject for further study

nous pourrions avancer quelques pistes d’interprétation, ainsi pour ces deux signes se faisant face (fig.1), qui semblent être deux personnages combattant : évocation d’un duel ? ou d’une bataille entière, selon un principe métonymique ?

we could now propose a possible reading of some signs, as for example these two
anthropomorphic figures facing each other, evoking a duel? or as a metonymic notation for a battle?
la gravure d’un animal au galop apparaît deux fois :
a. seul, entouré de deux figures anthropomorphes (fig. 1, 2 et 3), dont l’une semble le poursuivre comme pour une battue. l’autre (à sa droite) l’arrête — mais il peut tout aussi bien s’agir d’une danse, qui lierait ainsi l’homme et l’animal dans un même mouvement…
b. au sein d’un entrelacs (fig. 5), où la forme de la figure isolée se transforme au contact d’autres lignes, ce qui semble indiquer que nous sommes en présence d’unités plus complexe de sens

the engraving showing a running animal with horns appears twice :
a. alone, surrounded by two anthropomorphic figures (fig. 1, 2 et 3), which could be a hunting scene, where one character is pursuing an animal and the other is waiting for him to shoot — or the scene could depict a ritual dance scene, where animal and man are connected in the same movement…
b. within a complex enterlacing, where the animal shape
transforms in contact with other lines, potentially indicating more complex units of meaning

la figure qui apparaît ici (fig.6), présente une complexité de construction qui peut correspondre à la représentation d’une action, ou peut-être même à une phrase entière. les lignes les plus longues qui se croisent sont celles d’une figure anthropomorphe dont une jambe est coupée (ou prolongée) par des lignes horizontales (l’une droite, l’autre en vaguelettes), quand la «jambe» droite est comme modifiée par le mouvement de ces lignes horizontales. une autre ligne se terminant en rhizome semble doubler une partie de la figure ou en provenir. quelle est la signification de ce trait : est-ce une action, la représentation d’un éclair ?

ces lignes articulent des éléments de sens qui combinent les logiques idéogrammatiques avec celles de notations plus complexes, comme nous pouvons aussi le remarquer en fig.7, où ce qui semble être une figure est, après étude rigoureuse, un réseau de lignes articulé selon ce qui pourrait bien être une grammaire

the complexity of the interlacing shown in fig. 6 might evoke an action or even an entire sentence. the longest lines, which cross at the top of the figure, are those of an anthropomorphic one. the left «leg» is crossed by two other lines, one straight, the other serpentine. the right «leg» is transformed as if the movement of the horizontal lines has moved it in a specific way. finally, an other line ending like a rhizome seems to respond to the movement of the anthropomorphic figure : is it a mark of action, or a symbol of a lightning ?

the fig. 7 appears to be at first glance a figure, but reveals actually to be a combination of lines arranged according a kind of grammar

comme la figure 7, les figures suivantes ne sont pas de nature idéogrammatique mais réseaux de lignes traçant une idée ou une action, sans que nous puissions hélas aller plus avant dans l’interprétation

the following figures reveal the same system of lines as in fig. 7 : not ideogrammatic representations, but lines system depicting an idea or an action, which
we are unfortunatly not able to define at this stage of our study

we are without a doubt in the presence of a very structured expression of meaning, probably a language, which combines ideogrammatic reasoning with more abstract sign combinations that might be engravings of a story, or magical spells…

nous sommes donc bien en présence de ce qui semble être une langue, avec un usage idéogrammatique complexe des signes, ainsi que la probable construction d’un récit ou de formules magiques, ce qui atteste d’un haut degré de symbolisation…

il apparaît malheureusement impossible de pouvoir dégager la moindre certitude quant au sens de ces signes, ce vestige étant à ce jour le seul témoin de cette langue. souhaitons que d’autres indices remontent ainsi à la surface et soient détectés à temps. une datation au carbone 14 devrait confirmer ou infirmer l’hypothèse selon laquelle nous serions bien en présence du plus ancien vestige connu de langage humain…

unfortunately, the lack of other artefacts prevent us from constructing a more complete view of the possible signification of these signs. a carbone dating should come and complete this picture and confirm or refute our hypothesis that we are in presence of the oldest known vestige of a human language

let us hope that other vestiges will be discovered shortly, leading us to a much more complete study of the language. that could be a very important contribution to the knowledge of humankind as a very speech species. this could be a vital contribution to the knowledge of humankind’s linguistic capacity
frédéric dumond, fondation Jan Michalski, Montricher
13 planches présentant les relevés photographiques
du bâton du Séchey

13 plates showing photographic plans of the Séchey stick

2 planches de relevés dessinés
des signes gravés
du bâton du Séchey

2 plates of drawings
of the engravings
in the Séchey stick

* à propos de l’auteur
about the author

frédéric dumond est un auteur vivant en france, dont le domaine de recherche est le langage, plus spécifiquement les langues dites périphériques** — celles parlées par les premières nations, peuples premiers, first nations, indigènes, kanak, aborigènes, etc.
il a travaillé jusqu’à présent (2018) environ 70 langues, dont le burushaski, le dhaagung wurrung, le wolof, le iaai, le shimaore, le hñäñho, le triqui, le malti, l’indo-européen, le tagalog, le rapa nui, le mapuzungun…
il a également étudié le hongrois, le japonais, le turc, le vietnamien
il est l’auteur d’un recueil en 41 langues, paru à Bruxelles en 2013, ainsi que de la première description d’une langue retrouvée du Caucase, «kzaR Sr, le kjrr shdrr, une langue retrouvée du Caucase», parue en 2017 à Valenciennes
il prépare un mémoire sur le linguiste et philologue français Antoine Meillet (1866-1936), devenu notamment spécialiste de l’arménien classique après une mission dans le Caucase en 1890
la découverte du «bâton du Séchey» a été faite lors des nombreuses marches que l’auteur a effectuées à partir de la fondation Michalski, où il était en résidence de recherche. d’autres publications au sujet de cette découverte sans précédent sont en préparation

frédéric dumond is an author living in france. his research is dedicated to languages, and more specifically the so called «peripherical» languages** — those spoken by the First Nations, First Peoples, indigenous people, aboriginals, kanak, etc.
to this day (2018) he has worked with almost 70 languages, such as Burushaski, Dhaagung Wurrung, Wolof, Iaai, Shimaore, Hñäñho, Triqui, Malti, Indo-european, Tagalog, Rapa nui, Mapuzungun…
he has also studied Hungarian, Turkish, Japanese and Vietnamese
he published a volume of poetry in 41 languages (Brussels, 2013), and the first description of a forgotten Caucasian language, «kzaR Sr, le kjrr shdrr, une langue retrouvée du Caucase» (Valenciennes, 2017)
he is working on an essay about the french linguist and philologist Antoine Meillet (1866-1936), a reputed specialist of classical Armenian after a mission in Caucasia (1890)
the Séchey stick was discovered by chance during one of the many hiking expeditions frédéric dumond made into the forest and around the Lake of «Joux» while living at the Jan Michalski Foundation for several weeks for a research residency

** terme issue du modèle gravitationnel de description des relations des langues les unes par rapport aux autres, développé par Louis-Jean Calvet à la suite d’Abram de Swaan
this term comes from the gravitational model for a description of connections between the languages, developped by Louis-Jean Calvet, after Abram de Swaan